Semblable

Je m’intéresse au sens des mots, et aujourd’hui, je m’interroge sur le mot « homosexualité ».
Au cours du Moyen Âge, il n’existe pas de personne homosexuelle, mais uniquement des actes homosexuels. L’individu n’étant pas défini par une orientation sexuelle, celui-ci ne constituait pas encore une catégorie d’identification. C’est sous l’impulsion de la sexologie, au XIXe siècle, que l’homosexualité se cristallise comme une identité à part entière.
En 1868 et 1869, l’écrivain hongrois Karl-Maria Kertbeny invente les mots allemands homosexuell et Homosexualität en associant la racine grecque homo (« semblable ») et la racine latine sexualis (« sexuel »). Ces termes seront rapidement suivis par leur antonyme, hétérosexuel, lequel n’apparaît donc qu’après la formation du mot « homosexuel ». Il convient de souligner que Kertbeny proposait initialement l’expression « normalsexuel » pour désigner cette opposition.
Suite à ce bref descriptif historique pour recontextualiser la chose, ce qui m’interroge se situe dans l’objet même des débats qui ont redéfini ce mot. Car derrière ces qualifiants sexo-identitaires, c’est une pratique intime qui est suggérée, voire désignée. Comment ne pas sous-entendre la sodomie lorsqu’on parle d’homosexualité ?
Ne serait-il pas plus juste, ou simplement plus nuancé, de dire qu’un individu exprime une part de féminité ou de masculinité plus ou moins marquée, sans pour autant convoquer la sphère sexuelle dans la discussion ? Car, en réalité, les pratiques sexuelles ne regardent personne. On ne se présente pas en société en disant : « Bonjour, ce matin j’ai fait un cunnilingus. »
Dès lors, pourquoi faudrait-il sacrifier l’intimité de certaines personnes sur l’autel de la vie publique ? Est-il encore possible de distinguer identité et pratique, sensibilité et sexualité, dans un monde où les mots, porteurs d’histoire, pèsent autant que les regards ? Qu’est-ce que cela dit de notre rapport au langage, et surtout, de notre manière de regarder l’autre ?
juillet 2025

Performance dans la vitrine du Virgin Megastore, Place Gambetta à Bordeaux pour la première Lesbian and Gay Pride le 7 juin 1997 – « Viens faire ton coming out ».