If you want to clean your head, clean your house first

La langue anglaise met l’accent sur le mot « clean » qui veut dire : organiser, faire le vide, laver, ranger, classer, penser, gérer.
Le sens de cette proposition dépend du rythme auquel je mettrais en œuvre la notion du « clean ». Ce rythme apparaît dans le son et l’agencement des mots de la phrase mais il reste latent. Le but est, pour véritablement comprendre la portée et la valeur de la proposition dans un contexte sociologique, de mettre en scène et d’illustrer l’action qu’elle désigne : « to clean your head…clean your house first. »
La traduction de ce phrasé en rythme sonore d’aspiration-expiration et l’activation du jeu de mot par un dispositif « individu/aspirateur » achèvent de séparer sens « propre » et sens « figuré » (technicien de surface) afin d’extraire du procédé métaphorique, voire poétique, l’expression « ad lib » de toute communication colonisée.

« Aspirer du mot d’ordre, expirer du langage. »
« Aspirer du mot d’ordre, expirer du langage. »
« Aspirer du mot d’ordre, expirer du langage. »
« Aspirer du mot d’ordre, expirer du langage. »

« C’est tous les jours, Robert » Exposition du 27 janvier au 28 mars 1998 ADDC, Espace culturel François Mitterrand,Périgueux, Dordogne.

Je me souviens de notre première rencontre. C’est là que tu m’as appelée Renard des sables. Toi, le Coyote*, avec ta hache pour trancher les mots et moi, avec ma masse pour rompre un mauvais sort.

J’avais écrit une phrase avec des paillettes, traçant un cercle autour de moi comme pour invoquer une prière. Assise en position de méditation, la masse levée au-dessus de ma tête, j’attendais que son poids me commande d’agir. En face, des élèves d’un collège s’étaient rassemblés pour assister à la performance. Ils n’allaient pas être déçus du voyage.

Sous leurs regards hagards, j’allais exploser une Super Nintendo, la réduire en miettes.

À cette époque, une histoire familiale avait nourri mon désir de faire cette performance. Je voyais une personne qui m’était chère s’enfermer, jouer jour et nuit à cette console, sans presque se nourrir. Je la lui avais rachetée pour tout aspirer, comme pour conjurer un mauvais sort.

L’installation était minimale mais efficace, placée sur un plancher de danse. La souplesse du sol absorbait les chocs et à chaque coup de masse, les paillettes sautaient puis retombaient quelques millimètres à côté. Peu à peu, les mots se floutaient.

À la fin, il ne restait que des débris dans la salle de danse vide du centre de la Visitation.

Le lendemain, j’invitais le public à revenir me voir aspirer la scène du crime. Le bruit de l’aspirateur résonnait si fort dans ce vaste espace que les spectateurs quittaient progressivement la performance. Ce geste banal du quotidien et ce bruit insupportable avaient eu raison de leur patience.

Ce fut l’une de mes interventions les plus intenses, mêlant l’art à la vie, lors du symposium d’art contemporain « C’est tous les jours Robert », à Périgueux. Un hommage à Robert Filliou qui me permit, deux jours plus tard, de rencontrer Allan Kaprow, considéré comme un des pères du Happening.

Sa présence m’impressionnait par son charisme, mais surtout je comprenais que je n’étais plus seule. À cette époque, l’art conceptuel occupait le devant de la scène, tandis que les héritages du dadaïsme, du surréalisme ou du happening semblaient relégués à la marge.

Avec le Coyotte, nous avons gardé le contact jusqu’à sa disparition. En 2007, je l’invitais à réaliser une performance à l’espace29 avec Tibor Papp, poète hongrois du verbe numérique.

*Michel Giroud (Gerwulf / El Coyote, 1940-2023), « peintre oral et tailleur en tout genre ».

fev.2026